
Rachat du cacao invendu : L’État passe à l’acte, les premiers camions déchargés
Le déchargement symbolique d’un camion de fèves de cacao sur le site de la société Transcao Négoce, en zone industrielle PK24 à Abidjan, a marqué le lancement, le jeudi 29 janvier 2026, d’une opération d’envergure.Le Conseil du café-cacao, conduit par son directeur général Yves Brahima Koné, a officiellement lancé le rachat par l’État des fèves de cacao bloquées chez les producteurs.Cette initiative gouvernementale fait suite au constat d’un ralentissement préoccupant de la commercialisation depuis début janvier. Annoncée le 20 janvier par Kobenan Kouassi Adjoumani, anciennement ministre de tutelle de la filière, l’opération vise à garantir le prix de 2 800 Fcfa le kilogramme aux planteurs et à éviter toute spéculation.Les causes du ralentissement sont identifiées : retard de l’arrivée des navires et difficultés de liquidité dans le circuit de commercialisation qui perturbent les paiements aux intermédiaires. Ces deux facteurs conjugués ont créé un goulot d’étranglement, laissant des stocks importants entre les mains des coopératives et producteurs.Le modèle n’est toutefois pas nouveau pour le Conseil du café-cacao. Le gouvernement ivoirien avait déjà procédé à des rachats similaires il y a un an et deux ans pour le coton et l’anacarde. « Cette opération est courante dans le monde de la production agricole », a souligné le Dg du Conseil, rappelant que l’instruction présidentielle vise à protéger systématiquement les planteurs dès l’ouverture de chaque campagne.La réception du cacao s’effectue sur deux sites à Abidjan : Treichville et la zone industrielle PK24. L’opération se déroule en parallèle à la commercialisation normale avec les acheteurs privés, l’État n’intervenant que pour accélérer les transactions et alléger la charge des producteurs. Les opérateurs désireux d’acheter directement au Conseil pourront le faire dès réception des stocks.« Cette opération commence aujourd’hui. Elle va se poursuivre. Je précise que la commercialisation normale avec les acheteurs continue sur le terrain. Nous ne faisons qu’apporter notre soutien pour accélérer la commercialisation intérieure. Naturellement, les opérateurs qui sont intéressés à venir acheter du cacao ici, chez Transcao, nous sommes prêts à leur livrer le cacao que nous achetons », a souligné le directeur général du Conseil du café-cacao.**media[268493]**Sur le terrain, le dispositif s’accompagne de mesures strictes pour la campagne intermédiaire à venir. Le Conseil a fermement démenti avoir accordé des quotas à des opérateurs privés pour procéder aux achats. « Seul le Conseil du café-cacao va acheter ce cacao », a martelé Yves Brahima Koné, mettant en garde contre les « rumeurs » visant à « intoxiquer le milieu de l’agriculture ».Plus structurant encore, l’institution annonce que tous les achats de la campagne intermédiaire et de la campagne 2026-2027 se feront exclusivement via la carte du producteur. Cette mesure vise à mettre fin aux pratiques opaques où des planteurs se voyaient remettre de simples papiers sans garantie de paiement effectif. « C’est la seule manière pour nous de protéger l’intérêt du producteur, de faire en sorte qu’il touche effectivement le fruit de son labeur », a insisté le directeur général.Selon les estimations divulguées par le ministre d’État, kobenan Kouassi Adjoumani, le stock de cacao encore chez les producteurs seraient de 123 000 tonnes, et le montant global débloquer pour le rachat est de 280 milliards de Fcfa.La Côte d’Ivoire produit environ 2,2 millions de tonnes de cacao par an, représentant près de 40% de l’offre mondiale. La filière emploie directement plus de 600 000 planteurs et génère environ 15% du Pib ivoirien. Tout ralentissement affecte donc directement l’économie nationale et les revenus de millions de familles rurales……………………………………………………………………………………………………Transcao Négoce, bras armé de la transformation localeCréée en octobre 2019, Transcao Négoce incarne la stratégie ivoirienne de transformation locale du cacao. Société anonyme unipersonnelle certifiée Rainforest Alliance (Ra), elle déploie un réseau de 2 usines de conditionnement à Abidjan (Treichville et PK24) et 1 à San Pedro, 9 centres commerciaux et 10 magasins de collecte primaire dans les zones de production.Sa mission : assurer un prix rémunérateur aux producteurs, améliorer leurs conditions de vie et valoriser la qualité du café-cacao ivoirien sur le marché international.**media[268495]**La filiale Transcao-CI, lancée la même année, se consacre spécifiquement à la transformation du cacao dans une démarche de durabilité. Le choix du site au PK24 de Transcao pour lancer l’opération de rachat gouvernemental n’est pas anodin. Il symbolise la volonté de la Côte d’Ivoire de contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur et de la production à l’exportation en passant par la transformation.Une ambition portée au plus haut niveau de l’État depuis le lancement du Programme national de transformation qui vise à transformer localement 50 % de la production à l’horizon 2025.Le dispositif actuel témoigne de cette intégration verticale : l’État intervient désormais à tous les niveaux, de la fixation du prix garanti au rachat des stocks en passant par le contrôle de la commercialisation via la carte du producteur.Une centralisation qui garantit protection aux planteurs mais concentre aussi tous les risques sur les finances publiques.